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LE SOUFFLEUR
Écrit par Amandine Pilaudeau - Le 08 octobre 2012   

Voici que pour la quatrième saison, le théâtre de Ménilmontant nous présente 1984-Big Brother vous regarde. Le célèbre roman de Georges Orwell ne perd rien de sa force et de son insidieuse horreur dans cette adaptation époustouflante.

 

Et pourtant l’ambition d’une telle proposition semblait difficilement réalisable, tant l’univers de l’œuvre de Georges Orwell nous parait inadaptable à la scène. Mais ce défi est relevé avec bravoure et ingéniosité par une troupe de comédiens d’une justesse désarmante dans le jeu et d’une richesse interprétative rare. Grâce au travail d’Alan Lyddiard, qui avait osé le premier adapter le roman sur la scène anglaise et qui a aidé à son adaptation française, grâce à la codirection scénique entre ce dernier et Sébastien Jeannerot, qui illumine la dramaturgie du roman- là où on aurait pu craindre justement, une synthèse mal-dégrossie de deux lectures différentes de Georges Orwell par les metteurs en scène-, le spectateur se retrouve lui-même personnage de la pièce, citoyen d’Océania. Pris au piège dès l’entrée dans le théâtre, le spectateur est accueilli par la police du Parti : des hommes portant des masques à gaz et scrutant de leur lampe frontale des ennemis potentiels du Parti dans la salle. Terrifiants, silencieux et omniprésents sur la scène, ils symbolisent la surveillance incessante du pouvoir politique.

 

La mise en scène nous plonge dans l’angoissant quotidien de Winston Smith 6079, ce citoyen du Parti extérieur qui travaille aux Archives du Ministère de la Vérité. Bien sûr, à travers lui nous revivons les parallèles que fait l’auteur avec la société collaboratrice de la Seconde Guerre Mondiale, les aberrations propagandistes des Etats totalitaires russes et allemands du XXe siècle, les tortures des camps de concentration où les hommes étaient traités comme du bétail vulgairement numéroté, bien sûr tout ceci fait écho à nos souvenirs des cours d’histoire au lycée. Mais la vraie force de cette mise en scène, c’est son écho avec notre monde d’aujourd’hui. Par un astucieux jeu de projections et d’écrans modulables, déplaçables, fragmentables, la vidéo est partout présente sur la scène. Le cinéma et le théâtre sont unis pour mieux rendre perceptible la présence du grand chef : Big Brother. La question que soulève la scène est : ce qui est représenté sur le plateau est-il si différent de notre société actuelle ? Les costumes, les bâtiments filmés et les accessoires sur la scène : tout est d’un gris morose qui suggère que ce que nous voyons ne pourrait bien être que la mise en abyme de notre propre société.

 

Si la première partie du spectacle est rendue « légère », si nous pouvons dire, par l’histoire d’amour qui unit Winston à Julia, jeune femme profondément ironique, et qui pouvait nous faire espérer une fin heureuse pour les deux protagonistes, ce n’est que pour faire sombrer plus lamentablement les personnages dans des abimes à peine imaginables. Les adjuvants, M. Charrigton l’antiquaire fou qui loue sa chambre sans télé-écran, bulle d’intimité pour le couple et O’Brien le membre actif de la société secrète « la Fraternité », qui n’a d’autres buts que de renverser le Parti et auprès duquel Winston et Julia s’engagent,  ne sont en réalité que des espions. Les seules lueurs d’espoir sont annihilées. Bien que nous ayons déjà lu le livre et que nous en connaissons la fin tragique, un tel degré de manipulation nous effraie toujours.

 

La déshumanisation de l’homme ne s’arrête pourtant pas là, le réalisme des scènes de tortures de Winston est tel qu’elles en deviennent irregardables. Le spectateur lui-même torturé par la représentation du corps anéanti, quasiment pourrissant de l‘homme devient celui qui supplie qu’on se plie aux règles du Parti. La longue litanie des souffrances physiques et morales déstabilise au plus profond le spectateur, qui passe du statut de complice des amoureux à complice des tortionnaires. Comme au début de la pièce, le spectateur est exhorté au silence par la posture frontale en avant-scène des quatre membres du Parti, qui ont tronqué leurs habits militaires pour l’apparat du parfait tortionnaire : le tablier du boucher ensanglanté. Le spectateur ne sera définitivement plus le même que celui qu’il était en entrant dans la salle. C’est bien là toute la réussite de ce 1984, qui ne serait pas tel s’il n’était servi magistralement par ces comédiens effrayants de sincérité et d’exactitude.

 

Un spectacle à ne pas manquer même s’il est douloureux.

 

http://www.lesouffleur.net/?p=3087

 
Citoyen X 5612 Helene Bernardin, traître au Parti.
 

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N'oubliez pas !

Ce soir sur vos télécrans, la grande soirée de l’histoire :  des images des dernières batailles victorieuses de l’Oceania contre ses ennemis en Eurasia et Estasia, les grandes découvertes dans les territoires disputés. Vous verrez comment la mise en œuvre de la stratégie infaillible de Big Brother a mis les troupes ennemis et les traitres en déroute. 

LA GUERRE C'EST LA PAIX ! 

Infoconso

Bienêtre.

Vous avez des malpensés, des sentiments non-conformes ? Vous avez l’impression que votre travail ne vous convient plus ? Vous vous sentez fatigué, seul ou perdu ?

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LA LIBERTE

C'EST L'ESCLAVAGE 

Actualit

Demain, après la pause déjeuner, une conférence-débat se tiendra dans les usines des bâtiments A, B, C et D sur le thème : « Pourquoi les deux minutes de la haine », Le professeur Olson et plusieurs de ses collègues, membres éminents du parti intérieur viendront raconter l’histoire de cette vieille tradition populaire, pourquoi elle est encore aujourd’hui si prisée par les citoyens d’Océania, et son utilité sociale pour nourrir la paix sociale.

L'IGNORANCE C'EST LA FORCE 

Social

Distribution de combis.

Message pour les citoyens X45000 à X60000, apprenez que la bienproduction a permis la récupération de nombreuses combigrises telles que vestes réchauf, synthébonnets, et chaussusécurits unicolores : la distribution aura lieu ce soir avant l’heure du dîner, à coté de l’usine AZF, batiment A, centre ville : n’oubliez pas vos rationtickets.

ABSENTS = TOLERANCE 0

Le vol est puni de la peine de mort

 

 

Avertissement

Certains propos et articles contenus sur ce site ne sont en aucun cas la représentation des idées de leurs auteurs mais de simples pastiches tendant justement à démonter leurs fondements. Nos auteurs s'inspirent de notre société pour recréer l'univers de la pièce " 1984 " adaptée du roman de George Orwell .

Souriez... "Big Brother vous regarde..."

7eme SAISON

THEATRE MENILMONTANT

15 rue du retrait, 75020 PARIS 

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01 46 36 98 60

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Invitations pros :

01 43 15 39 52
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