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Écrit par Olivier Pradel   

D’une terrifiante actualité

http://www.lestroiscoups.com/article-24320327.html


Le monde totalitaire que décrit George Orwell dans « 1984 » s’invite sur la scène du Théâtre de Ménilmontant, dans une mise en scène qui marie théâtre et cinéma. Un choix très judicieux. Après quatre tournées de la version anglaise depuis 2001, le réalisateur Alan Lyddiard nous en offre une adaptation française. Délicieusement inquiétante.


Quand George Orwell écrit 1984 au sortir de la Seconde Guerre mondiale, dans Londres ravagée par les bombardements et exsangue, il a sous les yeux les atrocités de totalitarismes, tant nazi que stalinien, qui au nom d’un idéal social ont aliéné des peuples entiers. C’est ce « pire des mondes » que présente Orwell dans une dystopie qui n’est que la projection du présent.


Alan Lyddiard, assisté pour la version française de François Bourcier, nous offre une adaptation de cette œuvre magistrale en insistant sur les passages d’un temps à un autre : l’esthétique de sa pièce, les décors qu’il donne à voir, les costumes, les accessoires évoquent tout autant les années 1940 qu’un futur frigorifiant, à la manière des bandes dessinées d’Enki Bilal.

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Olivier Pradel


Les Trois Coups


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Brouillant à dessein les pistes, cette œuvre dénonce ainsi les tentations totalitaires de tous les temps, qui broient l’individu. Profondément socialiste, son auteur visait en particulier le système stalinien. Et le choix de Lyddiard et Bourcier de faire précéder la pièce d’images syncopées des batailles nazies sur le front de l’Est peut sembler contestable : s’il replace l’œuvre dans son contexte, il risque de faire oublier son inspiration anti-stalinienne et de focaliser le spectateur sur le passé, dont l’horreur est ressassée au point d’en être atténuée, alors que cette évocation du futur vise l’analyse du présent. C’est, en ce sens, une œuvre « prophétique ».


Cette adaptation, plus que fidèle au roman, manifeste combien les intuitions d’Orwell sont terriblement d’actualité. Sur des écrans géants, omniprésents, de taille variable, sont projetés de véritables films réalisés pour l’occasion, établissant ainsi un dialogue entre le « réel » théâtral et le « virtuel » filmé. Les comédiens passent de l’un à l’autre, se répondent, par ces « télécrans », qui tiennent à la fois des écrans plasma et des caméras de vidéosurveillance. Ces écrans, qui se déplacent au gré des scènes à la manière d’un ballet, ne sont pas qu’un très bel élément de décor, mais constituent un acteur à part entière. Un site internet (www.infoceania.org) reprend et prolonge ces films : œuvre novatrice de Lyddiard, qui crée un univers complet, mariant avec le même bonheur théâtre, cinéma et nouvelles technologies de communication (ou de propagande).


L’autre réussite de ce spectacle est d’avoir recréé un univers orwellien, où un assentiment absolu est demandé envers l’autorité, où le choix de boucs émissaires communs sert de défouloir collectif, où la mémoire est trafiquée, la langue normalisée au service d’une pensée formatée… où, surtout, les valeurs sont inversées, la liberté devenant esclavage, et l’ignorance une force. Le spectateur s’identifiera sans peine avec Winston Smith, admirablement joué par Sébastien Jeannerot, dans son désir broyé de liberté et de fraternité, trompé, trahi, violemment rééduqué. Il sera troublé par un Syme qu’incarne Alexis Bouchacourt, tout en nervosité, à la limite de la démence. Il ne manquera pas de goûter non plus au jeu tout en cynisme de Jean Terensier, dans le rôle d’O’Brien, l’initiateur de liberté qui se mue en tortionnaire.


Celui qui voit 1984 ressort ainsi avec une sorte de malaise et porte sur la rue, les gens qu’il croise, un tout nouveau regard. Ne vit-il pas dans une société où les fichiers, les contrôles, l’unanimité se généralisent ? Qu’en est-il de la politique quand un seul parti est présenté comme crédible, et que les dissensions sont signes de dangereuse faiblesse ? Quels sont les ennemis communs que se crée le corps social pour consolider sa cohésion ? Quel sont les défouloirs collectifs, ces « Deux minutes de la haine », qui permettent à chacun de tolérer son panurgisme habituel ? Quels sont les livres initiatiques, celui de Goldstein ou de quelque autre libérateur, qui peuvent donner l’illusion de ne pas être soumis au système ? Quelle est l’actuelle « novlangue » qui épure et fige le langage, nourrit une ortho doxa (une « opinion droite »), confond « communication » et « propagande » et formate la pensée ? Quels sont les nouveaux tyrans, entre la production et la consommation, quand le pouvoir du peuple est avant tout « d’achat » ? Quelle est la nouvelle police des mœurs qui s’immisce dans l’intimité de chacun, traque ses désirs, réglemente ses inclinations ? Parce qu’elle questionne, cette belle interprétation nous invite, sinon à la paranoïa, au moins à la vigilance. ¶

 
Citoyen X 5530 Stéphane Berche, traître au Parti.
 

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Avertissement

Certains propos et articles contenus sur ce site ne sont en aucun cas la représentation des idées de leurs auteurs mais de simples pastiches tendant justement à démonter leurs fondements. Nos auteurs s'inspirent de notre société pour recréer l'univers de la pièce " 1984 " adaptée du roman de George Orwell .

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